Artiste contemporain

Amigues Jean‑Marc

Peinture
France
1965

-

Né en 1965 à Toulouse. Il vit et travaille en Haute-Garonne et en Ariège.

Biographie

« Eidôlon »

Appréhender l’œuvre de Jean-Marc Amigues, c’est entrer dans une tannerie de l’image et participer sans le savoir à une leçon d’anatomie sur l’illusion où cette dernière est écorchée. Plonger dans son univers équivaut à revivre la grande épopée dix-neuvièmiste de l’image photographique prometteuse de magie, d’émerveillement et de mysticisme. Celle qui pour se justifier, se légitimer et reproduire sa magie, emploiera l’appareillage du scientifique et de l’optique promu dans les salons mondains comme le praxinoscope. L’artiste œuvre comme un légiste et interroge son rapport à l’image, le simulacre et ses conditions d’existences.

 

Cette prise d’otage, nous lui devons car les motifs qui nous sont donnés dans sa boite pétri, sont oniromantiques, extrait de ses voyages en familles faussement évocateur de nostalgie, de reminescence mnésique, d’un « ça a été » ou un « déjà vu » prélevé dans des lieux omnibus. On aurait pu par l’évocation d’une certaine « photographicité » et l’emploi du flou dans le noir/blanc et les tons auburn cramoisie conférer à son image un caractère votif ou mémoriel d’un temps nostalgique résistant à l’oubli telle une madeleine de Proust, mais ce serait se fourvoyer en s’adonnant à de la « paréidolie ». En effet, en se restreignant au régime du formelle, le regardeur, par l’apparente photographicité estompée par des effets de blow-up, tomberait dans l’écueil d’un peinture à caractère mortifère. Or sa peinture n’a pas vocation à être mémorative ou commemorative.

 

Le sujet qui nous est donné à voire est simplement prétexte, thème à décliner, motif à percevoir. Ceux sont des occasions qui gravitent dans le quotidien de l’artiste (voyage, photo de famille, etc) que ce dernier emploi comme model à  peindre (paysage urbain, forêt, portrait). Le sujet de la peinture est donc intrinsèquement et éminemment banal, décroché de tout signifié car les enjeux de cette peinture son évidemment ailleurs.
Avant d’être artiste, Jean-Marc Amigues est avant tout Médecin et son œuvre qui est maintenant révélé au public n’était pas destiné à l’être. Son œuvre était donc voué à être un long monologue obsessionnel shakespearien sur l’essence des choses, tel le psittacisme de Narcisse dialoguant avec Echo. Le tableau n’est pas une fin en soi mais une réflexion sur l’image contemporaine.

 

L’œuvre d’Amigues est juste un résultat d’expérience picturalisée sur la métaphysique de l’illusion qu’il décortique cliniquement par un protocole scientifique dont le postulat se résumerait aux conditions d’opticité d’une illusion et non du trompe l’œil; même si les deux se jouent de nos sens.
Ce distinguo a son importance car on identifie aux premiers abords l’artefact et admet du trompe l’œil, d’être initialement dupé par une image trafiquée humainement avec une technicité particulière visant à imiter les choses dans un cadre généralement ostentatoire. C’est l’éloge d’une prouesse technique que l’on reconnait à un artiste usant des propriétés de l’optique pour s’approcher au plus près du réel (c’est la quadrature et la perspective albertienne, l’usage de la camera obscura par Vermeer, l’hyperréalisme, etc…) ou un artisan (stuc en faux marbre, etc).
L’illusion, quant à elle, est plus sournoise, plus fourbe car elle se fait passer pour autre, tel un mirage.

 

Pour que l’alchimie et sa veracité opère, l’artiste met en place un protocole technique dans lequel s’imbrique subrepticement :

« Effet de photographicité » pour l’évocation de vraissemblance ;

« Floutage du référent » pour l’opticité du rendu qui offre une latence à sa peinture et oblige le regardeur à reconstruire mentalement le sujet pour tenter de l’identifier

« Effacement de la picturalité » par dé-texturation de la matière, mécanicité des process de réalisation et agraphie de l’artiste.

 

L’œuvre se promeut ainsi comme acheiropoiète (non faite de main d’homme), icone par excellence, qui se veut rentrer dans la mythologie du « Saint-Suaire » dit voile de Veronique (VERONICA anagrame de VERA ICON).

 

Quand sa peinture par sa fragilité révèle la supercherie, et que la magie de l’illusion s’estompe, il ne reste plus qu’une mue, une peau de simulacre, incarnée par la medium peinture. Ce constat nous affranchit de l’ambiguité que pose l’image et nous fais comprendre que l’image ne prend vie que par le regard du spectateur, qu’elle n’acquiert du sens que par le regard. Reste plus qu’à accepter la peinture pour ce qu’elle est et que son histoire ne commence qu’à l’orée de nos doutes, seuil de nos certitudes.

Lionel Geny

Oeuvres

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