Maniouloux Jean-Luc

Jean-Luc Maniouloux, artiste plasticien, réalise des compositions délicates constituées d’insectes naturalisés où le vivant rencontre l’objet, souvent avec éclat(s). Immortalisées sous écrins de plexiglass, ces scènes lyriques dessinent la carte d’un micro-univers fabuleux, où la nature reprendrait ses droits.

En effet, les bourdons, fourmis et autres princes et princesses des microcosmos ne semblent guère se soucier des obstacles imposés par notre monde manufacturé, et ignorant toute contrainte, se frayent courageusement des chemins au travers de chacun de ses pendants.

Pétri de références littéraires, l’artiste-plasticien semble ainsi transposer le monde du minuscule à celui de l’Homme, et par ce biais, interroger la condition humaine: dès lors, les insectes seraient une projection de l’Homme aux prises avec une société baignant dans l’absurde, captif d’une quête perpétuelle de clarté dans un monde inintelligible. Ainsi, lorsque le mythe d’Icare prend la forme d’un gracieux papillon se désintégrant dans sa chute, son apparente fragilité sait nous émouvoir parce qu’il aurait tenté de repousser les limites imposées par sa condition propre (d’insecte).

Quand au mythe de Sisyphe, il est ici illustré d’un scarabée confrontant un morceau de papier peint qu’il décolle et enroule inlassablement. Si l’image fait sourire, elle invoque cependant la notion de surpassement de soi : un acte à priori inconcevable et pourtant amené à son terme, qui s’inscrit telle une Ode à la liberté où l’effort serait à la fois clé et récompense. Comme l’illustre Albert Camus dans son écrit de 1942, Le mythe de Sisyphe, « La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un coeur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux. »

De fait, là où l’impact pourrait être perçu comme destructeur, il devient mouvement de révolte libérateur, poétique et engagé. Bien que figé dans le solide, la virtuosité de l’artiste réside d’autre part en sa capacité à éveiller chacun des sens du spectateur et à faire de cette image figée une oeuvre quasi-animée : lorsque l’imaginaire stimulé prolonge l’action en pensée, il suffirait alors de tendre l’oreille pour percevoir le son produit par cette collision.