18è siècle

"La peinture d'histoire agonise au XVIIIè siècle, bien qu'elle seule ait droit à la cimaise à côté du portrait." (André Malraux)

L’esthétique classique inspirée par le Symposium de Platon et trouvant l’une de ses expressions les plus accomplies dans l’Art poétique de Boileau, a conçu non seulement l’esthétique, le beau, et le négatif, le laid. La belle a été conçue en termes d’harmonie, de symétrie, d’ordre et de mesure. L’esthétique empiriste ajoutera une seconde valeur esthétique positive, le sublime. Le sublime est une valeur caractérisée par la disharmonie, la dissonance, la disproportion, le désordre, la dissymétrie. Là où le beau produit le sentiment de sérénité dans l’âme, le sublime produit des sentiments tels que la terreur et la passion violente (sans tomber dans l’horreur). Le sublime trouvera son application artistique la plus absolue dans le romantisme, qui exaltera la passion et l’excès dans l’âme humaine (génie artistique, amour passionné, soi solitaire ou même révolution politique). Pour l’esthétique classique, la beauté était un concept. On peut parler d’art intellectuel ou d’intellectualisme esthétique. Par exemple, dans les temps anciens, la musique faisait partie des quatre sciences quadrivium. C’était une science d’harmonie et de mesure, comme le dit saint Augustin dans son traité de musique. Pour Descartes, les questions qui préoccupent le cartésianisme sont étrangères à la beauté et à l’art; dans cette école, certains esprits se contentent de reproduire les traditions de l’Antiquité, notamment les idées de Platon et de saint Augustin (par exemple les traités Beau Crouzaz ou Père André).

Au contraire, l’esthétique empiriste conçoit le beau et le sublime comme des sentiments intérieurs. Ce sont des représentations que l’âme fait pendant l’expérience esthétique. Le beau se réfère à un sentiment de plaisir et de calme, tandis que le sublime se réfère à un sentiment de plaisir mêlé de douleur, ou à une alternance contradictoire de sentiments. Le goût n’est donc plus une notion intellectuelle, mais concerne l’impression sensible et le sentiment, définis par les empiristes comme les idées les plus vraies et les plus vivantes de l’esprit. Le livre Philosophical research sur l’origine de nos idées sur le sublime et le beau (1757) du philosophe irlandais Burke (1729-1797) peut être considéré comme le manifeste empiriste de la philosophie esthétique. Nous pouvons ajouter les essais esthétiques de Hume et les écrits de Shaftsesbury et Hutcheson. En France, Diderot et les encyclopédistes prennent des idées similaires. Charles Batteux commente Aristote et réduit tous les arts au principe de l’imitation de la belle nature. Le père Jean-Baptiste Dubos et Voltaire contribuent à la caractérisation de l’esthétique en tant que critique littéraire. En Allemagne, les disciples de Wolff et Leibniz ont trouvé la nouvelle science de l’esthétique. Baumgarten est suivi par Mendelssohn, Sulzer et Eberhard.